mardi 22 septembre 2009
dimanche 20 septembre 2009
Le Congo Brazza sur Al Jaezira
Alors, la chaine Al Jazira a diffusé un documentaire sur le pillage des ressources du Congo Brazzaville. C'est en anglais mais ce n'est pas très dur à comprendre, il y a des passages en français.
et
See you soon
Cécile
lundi 24 août 2009
Sur le site du ministère des affaires étrangères et européennes français
Ma surprise fut grande lorsque je lus la fiche de description de poste du conseiller en coopération et en action culturelle au Congo.
Les conditions particulières de l'exercice requièrent: "Capacités d'adaptation réelles aux coupures d'électricité, aux atermoiements incessants et aux engagements non suivis d'effets de nos interlocuteurs congolais " La page dans son intégralité
Qu'il est loin le doux temps des colonies où l'on maniait la chicotte un peu plus durement qu'aujourd'hui.
vendredi 8 mai 2009
Moi et ma culture
Il est notoire que les femmes blanches ont des problèmes avec la famille africaine et représentent un danger permanent. Il faut comprendre que le concept d’individu n’existe pas. Il est impossible de vivre sans une famille, c’est pourquoi la première chose à faire en Afrique est de se trouver une famille de substitution, pour la forme au moins. J’ai été adoptée par plusieurs familles au Congo. Tonton Roro m’a beaucoup aidé sur ce plan. Il me tient lieu d’oncle. Il n’est pas beaucoup plus âgé que moi, plutôt compréhensif, à l’écoute mais surtout il est africain.
Quand tu vis avec des africains, tu as besoin de conseils culturels sans cesse, même si les africains sont très indulgents sur la différence culturelle, bien plus que n’importe quel français. Ce n’est pas difficile de se laver avec un seau, de s’éclairer avec une bougie ou encore de manger du manioc. C’est une adaptation matérielle sans vraiment d’importance, c’est la partie émergée de l’iceberg. C’est la première partie de l’adaptation, la plus spectaculaire si j’ose dire mais pas la plus difficile. C’est la partie de l’adaptation qui te permet d’aller à la rencontre des gens. Il est toujours plus simple de connaître des gens quand tu vis dans des conditions de vie proches, je suis bien consciente que ma vie ne sera jamais la même que celle des habitants des quartiers les plus pauvres. Pourtant, il me semble important de ne pas ostensiblement étaler ma richesse pécuniaire. Il est toujours plus simple de partager le quotidien des plus pauvres quand tu manges du foufou et des trippes sans rechigner.
La seconde étape de l’adaptation est la compréhension de la culture. Pour vivre dans un pays, il faut y adhérer, du moins un minimum. Parfois je comprends, souvent je respecte mais de temps à autre je refuse, surtout en ce qui concerne la question des femmes. Les africains ne sont pas machos au sens occidental du terme, même si on pourrait le penser à première vue. Les africains ont une répartition sexuelle des taches sociales. Ce qui est très compliqué à accepter pour l’européenne que je suis. Cela crée aussi certaines difficultés.
Je suis une femme qui travaille en majorité avec des hommes, je suis blanche et généralement considérée implicitement comme un homme. Ce n’est pas facile pour moi parce qu’avant tout je suis une femme. Je ne suis pas prête à assumer un rôle de femme au sein d’une société africaine et pourtant je n’aime pas vraiment être considérée comme un homme. Cette anomalie sociale se résout facilement en présence d’amis qui me connaissent bien. Mon amoureux africain doit aussi faire des concessions et faire face aux regards désapprobateurs de ses amis quand on pose une bière devant moi sur la table ou lorsque je ne me précipite pas pour faire la vaisselle sans parler du fait que je fume. De plus, la soumission à un homme est totalement hors de question pour moi. Mon amoureux a compris, tous ses amis pas encore. En Afrique, la pression sociale et familiale est très forte. Il faut vraiment s’accrocher dans certains cas.
Le rôle des femmes et des hommes est très subtil et est en pleine révolution, ce qui ne va pas sans heurts. C’est très difficile pour une femme africaine de travailler, elle est toujours soupçonnée d’abandonner son foyer, son mari et sa famille. C’est difficile pour une européenne de vivre au sein d’une famille africaine. Pourtant, c’est possible, chacun fait des concessions. Quand j’étais au lycée, en terminale et passablement opposée à ma prof d’anglais, j’ai du rendre un devoir qui répondait à la question « le mariage de deux cultures est-il possible ? ». Etant d’un naturel plutôt optimiste, j’avais répondu à la question en disant qu’à mon avis oui. Maintenant, je le sais, oui, un mariage des cultures est possible. C’est difficile mais possible. Il faut s’aimer un peu plus que les autres et toujours garder un regard tendre sur la culture de l’autre, même lorsque le cousin untel frappe à la porte.
En passant, ma prof d’anglais (surement frustrée vu sa tête et sa coupe de cheveux [une coupe de chantaaaaal mais vraiment rigide, 4 U Bro]) m’avait dit « vous êtes tellement fleur bleue Cécile », j’avais rougi de honte dans mon sweat à capuche. Peut-être que je suis un peu fleur bleue. Dans le même ordre d’idée ma-prof-d’anglais-me-fout-la-honte-devant-toute-la-classe, une fois, on devait faire un essay sur un poème de St Valentin qui parlait d’un oignon (bref un truc à la con de l’éducation nationale), elle m’a interrogé comme de par hasard, j’ai rougi encore une fois parce qu’elle voyait du sexe partout (comme quoi cette déformation n’est pas propre aux profs de littérature et de philo), elle m’a « définitivement classé chez les romantiques » sous les regards moqueurs de mes camarades qui contemplaient goguenards mon complet baggy-basket-pull à capuche.
Bises
mercredi 6 mai 2009
Au marché des ONG
Il y a beaucoup de blancs, dont une majeure partie me semble raciste, mais rien de nouveau en Afrique. On pourrait même se demander si un racisme latent n’est pas une condition sine qua non à l’expatriation. J’ai eu une fâcheuse discussion avec une expatriée. A vrai dire, je ne les aime pas beaucoup ces expatriés des ONG.
Je ne dirais pas qu’ils sont tous malhonnêtes, se faisant de l’argent sur la misère des gens, mais cette profusion d’aide me semble quand même louche. Surtout que la plupart sont basées à Bangui et la guerre est un peu plus loin.
Pourtant j’en suis une, expatriée des ONG, mais je ne porte pas ma couleur en étendard, je salue toujours les gens et n’hurle pas quand la connexion internet est mauvaise. « C’est l’Afrique chérie ». Je pense (mais avec une semaine d’ancienneté dans le pays) mais ces soupçons sont plus ou moins étayés que certaines ONG sont en réalité une couverture pour le commerce d’or et de diamants. Bienvenue en Anarchie.
Ce qui m’a choqué en arrivant, c’est le nombre de blancs qui se baladent dans des 4x4 estampillés ONG. Plus un pays est dangereux, plus le salaire est élevé pour les expatriés, plus un pays est pauvre, plus il ouvre sa porte aux ONG, plus un pays est pauvre, plus son système de gouvernance est mauvais et moins il contrôle les ONG. Plus un pays est en guerre, plus il attire les bailleurs. Je ne pense pas que les ONG ont intérêt à la fin de la guerre. Je ne dis pas qu’elles l’entretiennent, je dis simplement qu’elles y trouvent un intérêt.
Ca me dégoute un peu, je vous avoue. Ca m’a secoué, non pas que je croie à la belle image d’Epinal de l’humanitaire du Biafra (la politique française nous a donné de bons exemples de comment se recycler en utilisant l’image positive construite par ce genre de métier) mais tout de même, je suis un peu idéaliste. Je ne voudrais en aucun cas faire de la guerre un business. En attendant, je prends le bus surchargé.
Je pensais que les bus congolais étaient un peu surchargés, d’où l’intérêt d’habiter à Bangui. Ils mettent encore plus de gens dans les bus. A Brazza, le « quatre –quatre » est roi, comprenez, quatre personnes par rangée. (c’est déjà serré surtout s’il y a une big mama dans ta rangée) et dans le coaster « cinq-cinq » et bien j’annonce à Bangui déjà il n’y a pas de coaster et ils casent quatre personnes sur une rangée mais il est possible de mettre quatre personnes en vis-à-vis des quatre de la première rangée et trois personnes devant. J’ai donc très logiquement battu un record personnel de surface de fesse en contact avec le siège du bus aujourd’hui, je pense 15cmx3 = 45cm carrés de contact mais le bus coute 125 F CFA soit une réduction de 25 francs par trajet.
Travailler en ONG, c’est valorisant sur le plan personnel mais en faire un métier, j’hésite à présent pour des questions d’éthique personnelle. Et je comprends maintenant pourquoi certains pays ferment leurs frontières aux ONG. Faut-il continuer à entretenir la guerre ? Faut-il laisser les populations dans le dénuement le plus total ? Faut-il sans cesse se substituer à l’Etat ?
Je n’ai pas de réponse. Je sais que ma sœur voudrait un jour travailler pour MSF. Quand je suis rentrée en France, on en a vu deux partir pour je ne sais quel pays. Elle avait des étoiles dans les yeux, ma petite Marilou. C’est beau, l’engagement mais pour quelle réalité ?
Il y a un ami aussi, parti en RCA avec l’armée française, qui a vu son lot de souffrances et les militaires français racistes. Il y a cette interrogation lancinante, que faire et comment ? En tant qu’occidental, en tant que française, en tant que Cécile.
Je crois que la solution se trouve au niveau international. La communauté internationale a laissé de développer ces conflits parce que certains (industriels notamment) y trouvent un intérêt. La France porte une responsabilité aussi, la RCA fait partie de son pré carré. Je pense que les populations d’Afrique Centrale aspirent avant tout au développement mais leur malheur est d’être des pays très riches en ressources naturelles. Alors il y a la guerre, en RCA, en RDC. Il y a des dictatures au Gabon, au Congo, en RDC, en RCA, au Cameroun. Il y a les industriels et surtout Bolloré, Areva et tous les autres. Il y a les ONG. Il y a les populations qui souffrent. C’est très moche.
Alors je travaille comme je peux, ne perdant pas de vue qui je suis. Heureusement, j’ai commencé à Brazza, je sais d’où je viens et je sais pourquoi je suis là.
Bises centrafricaines.
Cécile
samedi 2 mai 2009
De la contrainte des 46kg au fleuve Oubangui
Bonjour à tous,
Je suis repartie, en Afrique déjà, en Afrique Centrale toujours et pour la première fois à Bangui. Bien sur, je n’ai pas résisté à la tentation d’atterrir à Brazza, ne serait-ce que pour saluer d’anciennes connaissances et faroter ma première paye d’une ONG internationale.
Je suis montée dans l’avion après un périple digne de moi-même, j’ai failli rater tous mes moyens de transport, en ai loupé quelques un et suis arrivée grâce à l’aide conjuguée de Dieu et Youssef de Schaarbeck. Je connaissais au moins 4 personnes dans l’avion et j’ai bien fait ma maline devant les nouveaux expats et même devant les anciens.
J’ai eu une place à coté du hublot, je me suis régalée du plateau repas Air France, parce que partie sans argent et sans avoir petit déjeuné. J’ai donc apprécié mes lasagnes aux épinards servis au dessus des nuages. J’ai regardé le Sahara d’en haut et j’ai pensé aux caravanes du désert et à une anecdote. (Pardon c’est une private pour Loumari ma petite sœur, le choc thermique et le mister freeze) . J’ai surtout pensé à ma famille et à tous ceux que j’ai pu et pas pu croiser en deux semaines. J’ai pensé à la boite le Byblos du Luxembourg, mais j’étais très excitée de revenir à Brazza voire carrément intenable, heureusement il y avait des ceintures dans l’avion.
Je suis sortie de l’avion et j’ai senti Brazza. J’ai respiré longtemps l’air chaud et cette odeur si particulière et si rassurante. J’ai fumé une cigarette sur le tarmac offerte par deux militaires barbouzes français en civil. Je ne serais jamais militaire parce que même quand tu enlèves ta tenue, il te reste ta mèche de cyrard et puis le béret me va si mal…
J’ai failli taper un ou deux douaniers, j’ai écrasé pas mal de pieds, je voulais passer devant deux nonnes dans la file mais je me suis retenue. Dieu, qui avait si bien gardé mon voyage, risquait d’en prendre ombrage. Brazza c’est la pagaille, les formalités durent des heures, heureusement mon tonton Roro était là en renfort. Ma famille brazzavilloise en renfort. Et je suis montée dans le taxi, épuisée mais heureuse, le week end a commencé.
(Ellipse narrative volontaire, mes quelques jours à Brazza m’appartiennent. C’était très cool, rassurez-vous et il ne m’est rien arrivé. C’est peut-être le moment de le dire de manière officielle, j’ai un chéri à Brazza, depuis quelques mois déjà...)
Le départ pour Bangui fut pas mal chaotique puisque mon billet n’était pas payé et ce n’était pas prévu, je me suis débrouillée et j’ai racketté l’OCDH au passage tandis que les taxes imprévues me mangeaient mes derniers CFA. J’ai raconté des blagues aux douaniers de Brazza et j’ai fumé des cigarettes sous le panneau interdit de fumer. C’était beau. Ce n’était pas psychorigide comme un Paris New York. C’était un Brazza Douala par Bangui avec Taag, vous savez cette compagnie qui est interdite en Europe et qui se trompe d’aéroport de temps en temps.
J’ai eu une place à coté du hublot, je me suis régalée du plateau repas Taag, parce que partie sans argent et sans avoir petit déjeuné. J’ai donc apprécié mon sandwich pain beurre gouda salade servi au dessus des nuages. J’ai regardé la forêt tropicale d’en haut et j’ai pensé aux Ba’aKa, un peuple pygmée et à un film qui s’appelle canibal holocaust.
Quand je suis sortie de l’aéroport, personne ne m’attendait, un jeune garçon a empoigné ma valise avec autorité en me montrant le 4x4 du PAM, j’ai refusé, il m’a montré le 4x4 du CICR, j’ai refusé, j’ai embrassé le parking de l’aéroport du regard, rien, nada, seule avec mes 39 kilos de bagages (surplus que je n’ai pas payé bien sur avec ma bonne tête de Cécile Rousselle). Un attroupement se forme autour de ma petite personne. Je n’ai ni adresse, ni numéro de téléphone, ni argent, je ne connais absolument pas la ville. Je pense à tous les gens qui ont essayé de m’enseigner l’organisation.
Un chauffeur de taxi me renseigne et j’arrive à l’OCDH. Personne ne m’attendait, j’ai un peu paniqué tout le monde. Heureusement, rapidement on m’a nourrit, offert un peu de coca et donné une chaise.
Bangui est une ville qui mérite son qualificatif de « coquette ». C’est très joli, très propre, rien à voir avec Brazza la poubelle. C’est calme et les oiseaux n’ont pas l’air malade. Pas de caniveaux à sauter, pas de boue collante, pas de cours d’eau qui charrient des tonnes d’immondices avec des porcs qui pataugent dedans. Au contraire, une ville fleurie avec des feux rouges, des petites maisons, beaucoup de verdure. Par contre, il n’y a R-I-E-N. Je veux dire, on n’y trouve pas ces quartiers grouillants de monde avec du poulet qui grille, ces boites de nuits et ces bars à chaque coin de rue. Bangui est sage quand Brazza se soule.
Quand j’avais postulé pour mon stage à l’ambassade de France à Brazza (à l’époque ou je n’avais pas encore cette rage intense contre la diplomatie française, aujourd’hui même pour un énorme salaire je ne mettrais pas pied dans une chancellerie à part pour la brûler), une personne de l’ambassade m’avait dit que Brazza c’était mort, qu’il n’y avait rien à faire mais que rapidement les jeunes volontaires internationaux me feraient découvrir la ville et le tennis club. Si j’avais eu ce stage, j’aurais fini avec un serre tête blanc et une jupe droite. J’ai compris bien après, lorsque j’ai eu la chance de recevoir dans mon bureau un jeune homme stagiaire de l’ambassade de France (celui la même qui a eu mon stage), avec un « de » qui précède son nom de famille, une carte de visite BBB et une adresse email en .gouv , qui voulait savoir comment je savais qu’on achetait des visas pour la France à Brazza, j’ai compris que le personnel de l’ambassade de France ignorait les richesses de Brazza et les endroits où l’on peut vraiment s’amuser. Les milieux tellement populaires où l’on pense que je suis une métis, les endroits où Brazza danse tous les soirs de la semaine, le son trop fort et les jupes trop courtes, les endroits où l’on peut acheter de la bière à 6h du matin en frappant d’une certaine manière à la porte.
Je suis logée chez Evrard, mon collègue. Il y a Evrard, Diana sa femme et Mystica sa petite fille, son frère Louis Gaby, sa petite sœur Bénédicte et son fils Aurélien. C’est une grande maison dans un quartier que l’on appelle les 36 villas. J’ai ma chambre, spartiate, mais j’avoue que je n’ai pas vraiment fait attention. On est parti pour quelques mois ensemble. Diana cuisine très bien, j’ai mangé du bouillon de koko aux champignons et aux tripes avec du gozo (foufou), c’était de la balle. J’ai enfin fait une nuit complète et eu le temps de me vernir les ongles (obligatoire dans un pays où tu vis en sandales), j’ai installé ma moustiquaire et j’ai pris mon lariam avec soin (Big up à toi maman Françoise, tu vois je prends mes anti palu…). J’ai commencé à apprendre le songho avec la très bavarde Mystica. Ce qui n’occulte pas le fait principal, je me fais chier comme un rat mort, mes collègues sont vieux et n’ont pas l’amour du dancefloor comme Roch. J’ai quelques pistes pour me faire des potes banguissois mais pour l’instant ça m’a l’air un peu compromis. Ca ressemble aux premiers jours à Brazza mais à Brazza je n’avais pas de garde du corps permanent, je pouvais quand même aller me balader seule.
Sinon, je suis inscrite au permis, c’est gratuit. Ils essaient de mettre à ma disposition un chauffeur. Je m’embourgeoise un peu, juste le temps de découvrir mon nouveau village.